Rencontre avec Marie-Rose CARTON PINNA, festival CineHorizontes

Marie-Rose CARTON PINNA fait partie du Comité de programmation du festival de cinéma espagnol CineHorizontes. Sortir en Provence partenaire de la 14ème édition du festival de film espagnol est allé à sa rencontre pour en savoir plus sur la tendance cinématographique du moment.

  • Depuis 2014, l’Espagne bat des records de croissance et de création d’emplois. L’Espagne et son cinéma seraient-ils sortis de la crise ?

Les cinéastes espagnols traitent peut-être de la crise, actuellement, avec plus de légèreté et même avec humour, mais elle n’a pas disparu. Le film MURIERON POR ENCIMA DE SUS POSIBILIDADES en est un des exemples. Il est vrai qu’en 2015 le cinéma espagnol, a vu le succès de trois films présentés au Festival, à savoir : EL NIÑO, LA ISLA MÍNIMA et bien sûr OCHO APELLIDOS VASCOS, produits par des chaînes de télévision privées, qui de ce fait, utilisent leurs moyens de promotion. Mais en ce qui concerne, les films indépendants, la situation est encore souvent difficile en Espagne. L’industrie du cinéma a vu ses subventions diminuer et la TVA sur le prix des places augmenter. En contrepartie, le piratage sur Internet est en plein essor ! C’est pourquoi le cinéma d’auteur a son public davantage à l’étranger, dans des Festivals comme le nôtre, que dans son propre pays.

  • 47 films présentés pendant le festival CineHorizontes 2015. Avez-vous toujours plus de propositions de la part des cinéastes espagnols ?

Certains cinéastes espagnols nous font des propositions, mais nous continuons à « faire notre marché » dans les festivals nationaux et internationaux. Dans l’ordre de date: le Festival du film espagnol de Nantes, le Festival de Málaga, le Festival de Cannes, où nous rencontrons producteurs, réalisateurs et distributeurs que nous contactons, par la suite. Le grand Festival de San Sebastián nous donne des pistes pour la programmation de l’année suivante. Il est certain que les cinéastes indépendants souhaitent venir pour que leur cinéma soit connu et reconnu quand il est primé à l’étranger.

  • Y’a t’il une grande tendance du cinéma espagnol en 2015 ? Un thème abordé qui reviendrait régulièrement … 

Thème récurrent ? Pas vraiment. La crise est toujours un sujet exploité… Le problème de l’immigration et celui de l’émigration, sont également abordés dans la trilogie de Carlos Iglesias (UN FRANCO, 14 PESETAS ; ISPANSI ; DOS FRANCOS, 40 PESETAS) ou dans le documentaire de Icíar Bollaín EN TIERRA EXTRAÑA. Les problèmes sociétaux ne sont pas absents, non plus, comme dans les excellents documentaires CIUTAT MORTA et REMINE. Mais notre Festival, s’il permet de présenter ces films sur des sujets sévères, va permettre également de découvrir des films d’où le rire, le sourire, l’amour, l’amitié ne sont pas absents.

  • La réalisatrice Isabel Coixet, votre invitée d’honneur, a tourné aux quatre coins du monde. Comment expliquez-vous cette mondialisation du cinéma espagnol?

Les films d’Isabel Coixet ne correspondent pas au cinéma mondialisé car ils ne sont pas formatés comme tel, mais ce ne sont pas des films que l’on peut qualifier de 100% espagnols. La réalisatrice catalane a voyagé, a vécu à l’étranger et c’est de ces expériences qu’est né la variété de sa production qu’elle a souvent réalisée dans une langue différente de la sienne. La reconnaissance dont elle a fait l’objet de la part de ses pairs et qui lui a valu de nombreux prix, ont fait d’Isabel Coixet une réalisatrice mondialement reconnue et présente dans les plus grands Festivals. Son cas n’est pas unique en Espagne, mais les réalisateurs dont le renom a dépassé les frontières de l’Espagnol ne sont pas légion.

  • Vous proposez une compétition premiers films Opera Prima. Parlez-nous de l’inventivité de ces jeunes cinéastes ibériques …

Cette compétition a été créée en 2014, afin de permettre à de jeunes réalisateurs de se faire connaître hors des frontières de leur pays. Les cinq réalisateurs que vous allez découvrir avaient déjà cotoyé le cinéma, soit en réalisant des courts-métrages, soit en étant scénariste(s). Ils sont parfois issus du monde de la publicité. Les sujets abordés sont totalement différents, de la mise en abyme du film (SEXO FÁCIL, PELÍCULAS TRISTES), de l’amitié intergénérationnelle (A CAMBIO DE NADA), de la communication à distance (TODOS TUS SECRETOS), des clichés de l’Espagne à travers un film d’animation (POS ESO) au sujet plus sensible de l’immigration et l’évocation, toute en finesse, de l’homosexualité (A ESCONDIDAS). Variété de sujets, variété de discours, variété de réalisation, c’est en ce sens que la nouvelle génération des cinéastes en langue espagnole (Alejo Flah, le réalisateur de SEXO FÁCIL, PELÍCULAS TRISTES est argentin) est inventive. Retrouvez le détail de la 14ème édition du festival CineHorizontes dans notre rubrique CINEMA